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La note du triangle


Le triangle est l’instrument le plus facile à manier au sein du grand orchestre. Objet futile, simple tige de métal pliée qu’on pourrait presque glisser dans la poche intérieure de son veston comme une pipe ou un stylo. Des piquiers qui s’avancent seuls ou en rangs serrés sur la portée des percussions. Et ce timbre clair, pourtant, on dirait invasif, qui traverse les mailles les plus ténues du bruit ambiant… Le triangle symbolise le mieux, sans doute, le travail du diariste, du poète qui fignole des notes dans un carnet. Un seul écart de lecture, un seul émoi intempestif, et – ding! C’est l’appoggiature, le contretemps, la bourde. C’est l’humiliation de l’instrumentiste, immédiate, tranchante, une humiliation pire, à n’en pas douter, si l’on considère le caractère simplet de l’outil qui produit toujours la même note lorsqu’on le frappe avec une tringle. Rien, dans ce bout de métal, de quoi jouer les démiurges ou les semeurs de foudre. Rien que des notes frappées, étirées de temps à autre en quintuples-croches, mais toutes consubstantielles à l’orchestre, indissociables du tempo et du bercement de la mélodie qu’a commandés le chef.

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Fiche détaillée de “La note du triangle”

Fiche technique

Résumé

Le triangle est l’instrument le plus facile à manier au sein du grand orchestre. Objet futile, simple tige de métal pliée qu’on pourrait presque glisser dans la poche intérieure de son veston comme une pipe ou un stylo. Des piquiers qui s’avancent seuls ou en rangs serrés sur la portée des percussions. Et ce timbre clair, pourtant, on dirait invasif, qui traverse les mailles les plus ténues du bruit ambiant… Le triangle symbolise le mieux, sans doute, le travail du diariste, du poète qui fignole des notes dans un carnet. Un seul écart de lecture, un seul émoi intempestif, et – ding! C’est l’appoggiature, le contretemps, la bourde. C’est l’humiliation de l’instrumentiste, immédiate, tranchante, une humiliation pire, à n’en pas douter, si l’on considère le caractère simplet de l’outil qui produit toujours la même note lorsqu’on le frappe avec une tringle. Rien, dans ce bout de métal, de quoi jouer les démiurges ou les semeurs de foudre. Rien que des notes frappées, étirées de temps à autre en quintuples-croches, mais toutes consubstantielles à l’orchestre, indissociables du tempo et du bercement de la mélodie qu’a commandés le chef.

Biographie de Jean-François Dowd

Jean-François Dowd est poète, essayiste et enseignant. Il a publié plusieurs poèmes et extraits de carnets dans les revues Liberté, Contre-jour et Les écrits. AU NOROÎT, il a publié Petites morts à fredonner (2006), Le briquetier et l’architecte (collection « Chemins de traverse », 2000) et Retirons de prose (collection « Initiale », 1999 : finaliste au prix Jacqueline-Déry-Mochon).

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